Akjoujt : Mine d’or, cuivre pauvreté, soif, chômage…

Akjoujt : Mine d’or, cuivre pauvreté, soif, chômage…Le Quotidien de Nouakchott – Singulier destin que celui de la capitale de l’Inchiri, une ville aux atouts immenses et dont les ressortissants comptent parmi les plus riches du pays mais qui, malgré tout, végète en queue de peloton des capitales régionales de la Mauritanie. La Ville est célèbre par sa « montagne » Guel Mogrein dont la richesse a été mise à jour au début des années 40 du siècle dernier.

En 1945, le colonisateur français avait créé la société MICUMA, à Akjoujt, dont la mission essentielle était de débuter l’exploration puis l’exploitation du cuivre. En 1968 la Micuma passe le témoin à la société SOMIMA, également française, qui va entamer l’exploitation effective des gisements d’or et de cuivre.

C’est l’âge d’or de la ville d’Akjoujt. Somima construit une centrale électrique et une usine de traitement du minerai. La route Nouakchott – Akjoujt a été construite par la société SOFITP.

La ville bénéficie aussi d’un certain nombre d’infrastructures comme la construction de quelque 420 logements pour les travailleurs mauritaniens en plus de la construction de 20 autres de haut standing destinés aux cadres, un Economat qui propose les produits à ses travailleurs à des prix réduits.

La période de la SOMIMA, qui s’est étalée sur un peu plus de 10 ans, a fait connaître à la ville un réel essor et des centaines de migrants sont venus des différentes régions pour s’y installer définitivement.

S’en suivra une longue période de léthargies entrecoupées de certains minces espoirs vite démentis comme l’arrivée en 1981, de la SAMIN (Société arabe mauritanienne des industries) mais ne dure pas longtemps. Son échec est attesté par les populations qui ne lui reconnaissent aucun « fait d’armes » notoire.

Puis ce fut le tour de la MORAK, qui signe en 1997 une convention avec l’Etat mauritanien, et fonctionnera au ralenti jusqu’en 2002. En 2003, elle cédera la place à la société émiratie « Wadi Rawda » dont le propriétaire, Zein Azoubeidi avait acheté à l’Etat mauritanien dans des conditions douteuses l’intégralité de l’actif de la Morak.

En 2004 Azoubeidi vend à l’australienne First Quantum qui met en place une filiale mauritanienne, la MCM qui commence effectivement l’exploitation du gisement en 2006, profitant de 5 ans d’exonération des taxes et impôts.

Et, selon les données de la société en 2016, sa production de cuivre a atteint 34000 tonnes et pour l’or environ 50000 onces soient une valeur plus de 240 millions de dollars par ans.

En termes d’emplois et autres retombées, la MCM, compte 1124 travailleurs, recrutés en grandes partie à travers des intermédiaires qui se sucrent sur le dos des travailleurs et a octroyé son contrat de transport de minerai à des proches du régime.

Pour le reste aucun avantage aux autochtones. Des centaines de ressortissants de l’Inchiri sont frappés par le chômage. L’eau de Benichab est devenue une denrée rare à telle enseigne que dans les environs immédiats d’Akjoujt, la citerne est vendue à 35000 Ouguiyas.

La semaine passée la ville est restée trois jours sans eau et sans électricité. Pour l’électricité au lieu de bénéficier d’un tarif préférentiel comme à Zouerate, les populations payent à la Somelec le prix fort.

L’Administration est totalement absente et elle préfère mettre ses efforts au service de la nouvelle ville de Benichab plutôt que sur la capitale régionale dans laquelle aucun investissement n’a été consenti.

Elus absents

Pour leur part les élus dont la majorité sont des parachutés, ne viennent que pendant des circonstances exceptionnelles et préfèrent de toutes les façons traiter avec les grandes compagnies minières que sont Kinross et MCM.

Aucun des élus de la ville n’y possède un pied à terre et donc ne peut ressentir les affres que vivent les populations. Les écoles sont délabrées, les centres de Santé sont quasi inexistants et la masse salariale distribuée mensuellement est consommée ailleurs.

Les autorités concentrent leur effort sur la nouvelle ville de Benichab où de grands palais vides sont érigés, et des services régionaux orientés. Pendant ce temps Akjout se meurt et si demain la mine ferme, les travailleurs qui n’ont aucune attache locale vont l’abandonner à son triste sort alors que des milliards de dollars ont été tirés de ses entrailles.

M.S.S           source: cridem